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Maladie de Crohn et assurance emprunteur

 

Vous avez un projet immobilier en 2026. Vous êtes atteint de la maladie de Crohn. Et vous vous demandez si votre pathologie va bloquer votre accès à l'assurance. 

L’assurance emprunteur permet généralement de prendre en charge les mensualités de votre crédit en cas d’arrêt de travail lié à un problème de santé ou à un accident de la vie, lorsque celui-ci vous empêche de rembourser votre prêt. En cas de maladie de Crohn, cette pathologie peut être considérée par les assureurs comme un risque aggravé de santé dans le cadre d’un prêt immobilier. Mais rassurez-vous, plusieurs dispositifs existent pour contourner ou limiter ces obstacles.

 
 

1) L'assurance de prêt est-elle obligatoire si vous êtes atteint de la maladie de Crohn ? 

D'un point de vue purement légal, l’assurance emprunteur n’est pas obligatoire pour obtenir un prêt immobilier. En pratique, les banques l’exigent presque toujours comme garantie de remboursement de votre crédit.

Depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, le questionnaire médical est supprimé lorsque deux conditions sont réunies en même temps : le capital assuré est inférieur à 200 000 € par emprunteur et le remboursement du prêt s’achève avant les 60 ans de l’assuré.

Dans ce cas, l’emprunteur bénéficie d’une assurance aux conditions standard. Il n’y a alors ni surprime, ni exclusion ITT liée au Crohn, ni question sur l’état de santé : la maladie ne rentre tout simplement pas en ligne de compte.

Cette disposition concerne une part importante des emprunteurs atteints de MICI, souvent diagnostiqués jeunes.

Exemple

Un primo-accédant de 32 ans qui emprunte 190 000 € sur 25 ans n’a aucune formalité médicale à remplir.

Attention

La suppression du questionnaire médical ne dispense pas de l’obligation de bonne foi. Si vous souscrivez sans questionnaire alors que vous êtes en arrêt de travail à cause du développement de la maladie, l’assureur peut contester ensuite une demande au titre de l’ITT. Mieux vaut éviter de faire coïncider la souscription avec une période d’arrêt en cours.

2) Ce que l'assureur regarde 

Si vous ne remplissez pas les conditions de la loi Lemoine, le questionnaire de santé s’applique. À partir de là, pour une maladie de Crohn, le médecin-conseil cherche surtout à répondre à une question simple : quelle est la probabilité que cette maladie provoque un sinistre pendant la durée du prêt ?

La réponse dépend principalement de ces éléments :

  • La rémission, sa durée et les preuves biologiques associées. Une rémission stable depuis plus de 12 mois, appuyée par une CRP normale et une calprotectine fécale basse, envoie le signal le plus favorable. Sans éléments biologiques récents, le dossier repose presque uniquement sur la déclaration de l’assuré.
  • Le type de traitement. Un Crohn traité par aminosalicylés est souvent perçu comme une forme plus légère. À l’inverse, un traitement par biothérapie, comme l’infliximab, l’adalimumab, le vedolizumab ou l’ustekinumab, suggère généralement une forme plus sévère ou plus active. Deux profils en rémission apparente peuvent donc être évalués très différemment selon leur traitement.
  • L’existence de complications. Fistule, sténose, chirurgie intestinale : chacun de ces antécédents alourdit nettement l’analyse. Un Crohn avec résection intestinale ne sera pas lu comme un Crohn sans antécédent chirurgical.
  • La fréquence des poussées et des hospitalisations. L’assureur regarde de près l’historique médical, la répétition des crises, la durée des séjours et les traitements nécessaires. Un dossier marqué par plusieurs hospitalisations en quelques années ne sera pas interprété comme un dossier stable.
  • Les facteurs de risque associés. Le tabac, le surpoids ou des antécédents familiaux viennent s’ajouter à l’équation et peuvent peser dans la cotation.

Bon à savoir

Mieux vaut déposer son dossier pendant une période de rémission stable, avec des bilans biologiques récents. C’est souvent stratégique. Un dossier transmis pendant une poussée, ou juste après, conduit plus facilement à des surprimes élevées et à des exclusions ITT plus larges. Si vous pouvez attendre un moment plus favorable, ça peut réellement changer la lecture du dossier.

 

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3) La délégation d'assurance : souvent indispensable sur ce profil

Depuis la loi Lagarde de 2010, vous n’êtes pas obligé de souscrire le contrat d’assurance proposé par votre banque. Vous pouvez choisir librement un autre assureur, à condition que les garanties soient au moins équivalentes à celles exigées par la banque : c’est le principe d’équivalence. Lors de la première simulation de prêt, la banque doit vous remettre une Fiche Standardisée d’Information, qui précise les garanties demandées.

Dans un dossier Crohn, les contrats groupe bancaires ont souvent tendance à appliquer des grilles plus générales, qui pénalisent systématiquement ce genre de maladies. À l’inverse, les assureurs en délégation examinent davantage chaque profil individuellement, ce qui conduit à des décisions parfois très différentes d’un contrat à l’autre.

Concrètement, il est important de comparer aussi les délais de franchise. Certains contrats déclenchent la prise en charge dès 30 jours d’arrêt de travail, tandis que d’autres exigent 90 jours. Pour un profil exposé à des poussées pouvant provoquer des arrêts courts et répétés, une franchise de 30 jours est généralement bien plus protectrice, même si le contrat coûte un peu plus cher.

Bon à savoir

Un courtier spécialisé en risques aggravés de santé connaît les grilles les plus récentes appliquées aux MICI par les assureurs. Sur la maladie de Crohn, certains contrats sont nettement plus favorables que d’autres, et ces écarts ne sont pas visibles publiquement. C’est précisément là que l’accompagnement d’un courtier spécialisé prend tout son sens par rapport à un comparateur grand public.

Pour trouver la meilleure assurance de prêt immobilier sur ce profil, la comparaison entre assureurs en délégation est la meilleure approche. 

4) La garantie Décès/PTIA : accessible avec une surprime

La garantie décès et PTIA reste, dans la grande majorité des cas, accessible après déclaration d’un Crohn, même si elle s’accompagne souvent d’une surprime. C’est généralement le socle minimal que les assureurs maintiennent, y compris sur les profils les plus sensibles. D’ailleurs, Cardif indique dans son guide que lorsque l’état de santé est stabilisé grâce aux traitements, la garantie décès peut être accordée.

Le montant de la surprime dépend ensuite du profil médical :

 

Profil Surprime décès/PTIA habituelle
Crohn sous 5-ASA, rémission > 12 mois, sans complication 50 à 75 %
Crohn sous immunosuppresseur, rémission > 12 mois 75 à 100 %
Crohn sous biothérapie, rémission > 12 mois 100 à 150 %
Crohn avec antécédent chirurgical ou complications 150 à 250 %
Crohn avec poussées récentes ou traitement d'induction Ajournement possible

 Ces fourchettes sont indicatives. Pour le même profil, la surprime varie d'un assureur à l'autre, parfois du simple au double. Comparer plusieurs assureurs via un comparatif et devis gratuits ciblé sur les risques aggravés peut représenter plusieurs milliers d'euros d'économie sur la durée totale.

 

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5) La garantie ITT : le vrai point de blocage

C’est souvent sur la garantie ITT que la maladie de Crohn pose le plus de problèmes. La maladie évolue par poussées, et chacune d’elles peut entraîner un arrêt de travail. C’est ce risque de répétition, plus que la maladie elle-même, que les assureurs prennent en compte lorsqu’ils évaluent le dossier.

Dans la pratique, deux scénarios se présentent lorsque l’ITT n’est pas refusée :

  • L’exclusion digestive partielle : les arrêts de travail liés aux poussées de Crohn ou à ses complications, comme une chirurgie intestinale ou une hospitalisation digestive, ne sont pas couverts. En revanche, tout autre arrêt reste pris en charge. Une fracture, un accident ou une autre maladie déclenchent normalement la garantie. C’est la formulation la moins pénalisante, et elle peut suffire à satisfaire la banque.
  • L’exclusion totale des maladies intestinales : cette formulation est beaucoup plus large. Elle peut aller jusqu’à exclure des arrêts liés à certaines manifestations extra-intestinales du Crohn, comme une atteinte articulaire, cutanée ou oculaire, voire certaines pathologies sans lien direct. C’est généralement la version à éviter, ou à faire renégocier.

Attention

Si un premier assureur vous propose une exclusion large sur l’ITT par exemple “maladies de l’appareil digestif” ou “toutes les affections déclarées” il ne faut pas l’accepter sans comparer. La formulation exacte de l’exclusion détermine ce qui sera réellement indemnisé en cas de sinistre. Dans ce type de situation, faire revoir le dossier par un courtier spécialisé en risques aggravés de santé est fortement recommandé.

Exemple

Sophie, 36 ans, est atteinte d’un Crohn iléocolique diagnostiqué en 2017. Elle est sous azathioprine depuis 2019, avec une CRP normale depuis 20 mois et une dernière IRM sans lésion active. Elle emprunte 235 000 € sur 22 ans. Avec le contrat groupe bancaire, elle obtient une exclusion totale des “maladies de l’appareil digestif” sur l’ITT. En passant par un assureur en délégation, et après transmission de ses bilans récents, elle obtient une exclusion partielle limitée aux seules complications digestives du Crohn. Sa banque accepte cette solution. Sur 22 ans, le surcoût de la surprime atteint 7 800 €.

Pour les emprunteurs avec des problèmes de santé chroniques, la délégation d'assurance est souvent la seule façon d'obtenir une bonne couverture ITT plutôt qu'une exclusion totale.

6) Comment la convention AERAS peut vous permettre d'être assuré ?

La maladie de Crohn figure bien dans la grille de référence AERAS, au même titre que la rectocolite hémorragique. Ce n’est pas le droit à l’oubli, qui concerne uniquement certains cancers et l’hépatite C, mais c’est malgré tout une protection réelle pour les emprunteurs concernés.

La convention AERAS s’applique automatiquement pour les prêts jusqu’à 420 000 € remboursés avant 71 ans, dès lors qu’un risque aggravé de santé est déclaré dans le questionnaire. Si le premier niveau d’examen débouche sur un refus, le dossier est réétudié aux niveaux suivants, sans démarche particulière de votre part.

Dans le cas de Crohn, l’analyse porte sur l’historique médical, la réponse aux traitements et l’éventuelle présence de complications. Il s’agit donc d’une étude individualisée du dossier, et non d’une simple application mécanique d’une grille.

Deux dispositifs pratiques sont souvent peu mis en avant :

  • Le mécanisme d’écrêtement des surprimes : si la surprime dépasse 1,4 point de TAEG et que vos revenus annuels sont inférieurs au plafond de la Sécurité sociale, une partie du surcoût peut être prise en charge par un fonds mutualisé. Il est important de le demander explicitement.

  • La commission de médiation AERAS : si vous estimez que les règles de la convention n’ont pas été respectées, notamment concernant la grille de référence, vous pouvez saisir cette commission gratuitement.

Si vous avez reçu un refus ou une exclusion jugée trop large, notre guide sur le refus d'assurance emprunteur détaille les recours disponibles à chaque niveau.

7) L'impact sur les tarifs appliqués 

Profil Capital Durée TAEA standard TAEA surprime 100 % Coût total standard Coût avec surprime

33 ans, Crohn sous 5-ASA, rémission

18 mois

200 000 € 25 ans 0,18 % 0,27 % 9 000 € 13 500 €

39 ans, Crohn sous biothérapie, rémission

14 mois

220 000 € 20 ans 0,22 % 0,44 % 9 680 € 19 360 €

44 ans, Crohn avec antécédent chirurgical, rémission

24 mois

180 000 € 18 ans 0,25 % 0,62 % 9 000 € 22 320 €

 Pour le même profil, deux assureurs peuvent afficher des surprimes de 75 % et 175 %. Une assurance emprunteur pas chère n'est pas incompatible avec une maladie de Crohn en rémission stable, à condition de chercher au bon endroit.

Bon à savoir

Si vous empruntez à deux, la quotité d'assurance emprunteur mérite d'être répartie stratégiquement : concentrer davantage de couverture sur le co-emprunteur sans MICI réduit le coût global et peut faciliter l'accord bancaire si votre ITT est exclue.

 

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6) FAQ

Faut-il déclarer la maladie de Crohn dans le questionnaire de santé ?

Oui, sauf si vous remplissez les critères loi Lemoine (capital assuré sous 200 000 € par assuré, remboursement avant 60 ans). Dans ce cas, aucun questionnaire n'est exigé et la maladie n'entre pas dans l'évaluation. Au-delà de ces seuils, la déclaration est obligatoire. La maladie de Crohn est une ALD, une omission intentionnelle constitue une fausse déclaration pouvant entraîner la nullité du contrat au sinistre.

La maladie de Crohn entraîne-t-elle systématiquement une surprime ?

Presque toujours au-delà des seuils loi Lemoine. La surprime porte principalement sur la garantie décès/PTIA. Son niveau varie de 50 % à 250 % selon la sévérité de la maladie, le traitement, l'existence de complications et la durée de la rémission. Un Crohn en rémission stable sous traitement de première ligne accède aux fourchettes basses. Un Crohn sévère avec antécédent chirurgical se situe dans les fourchettes hautes.

La garantie ITT est-elle accessible avec une maladie de Crohn ?

Pas dans tous les contrats. Les contrats groupes bancaires la refusent souvent ou l'excluent totalement. Certains assureurs en délégation accordent une exclusion partielle limitée aux complications digestives du Crohn ce qui laisse couverts tous les autres arrêts. Le résultat dépend du profil médical, de la durée de rémission et du contrat soumis.

Quelle différence entre exclusion partielle et exclusion totale de l'ITT ?

L'exclusion partielle retire uniquement les arrêts liés aux poussées de Crohn et à ses complications digestives. Un accident, une autre maladie, une hospitalisation non digestive : l'ITT s'active normalement. L'exclusion totale supprime toute indemnisation quelle que soit la cause de l'arrêt. La formulation exacte dans votre proposition détermine ce qui est couvert au sinistre.

La convention AERAS peut-elle m'aider si les assureurs refusent ?

Oui. La maladie de Crohn figure dans la grille de référence AERAS. La convention impose un examen à trois niveaux pour les prêts jusqu'à 420 000 € remboursés avant 71 ans. Elle prévoit aussi un mécanisme d'écrêtement des surprimes pour les revenus modestes. En cas de refus persistant, des garanties alternatives existent : hypothèque, nantissement d'assurance vie, caution.

Peut-on améliorer les conditions de son assurance si le Crohn se stabilise ?

Oui. La loi Lemoine permet de changer d'assurance à tout moment sans frais. Un nouvel assureur évalue votre profil actuel — rémission documentée, marqueurs biologiques récents, absence de poussée sur 24 mois. Si la situation médicale s'est améliorée depuis la souscription initiale, une nouvelle demande peut obtenir une surprime réduite ou une exclusion partielle là où il y avait une exclusion totale.

 

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(1) Les tarifs présentés sont indiqués à titre indicatif et représentent les prix minimums.